Le travail de Pierre COLLIN s'est développé dès le début des années 80 par séries, séries qui se succèdent et parfois se chevauchent. Une série peut aussi en cacher une autre, sur le principe des poupées russes.

Faire des livres lui donne l'occasion de mettre en scène ses séries.

Basculements, vues plongeantes, ombres portées, la géométrie des gravures de Pierre Collin est troublante - voire théâtrale - , et cela dès ses débuts à la Casa Velazquez à Madrid, dans les années 1980. Sur la plaque de cuivre son regard s'est fait photographique, fulgurant, proche d'un arrêt sur image, à l'opposé de la minutie habituelle des graveurs.

Son oeuvre, constituée d'allers et retours entre dessin, peinture et gravure, exprime un quotidien plutôt tranquille sans être pittoresque : une grange, une plage ou encore la vision d'un conducteur sur une autoroute monotone. Rien d'inquiétant dans l'imaginaire de Pierre Collin - mais rien de rassurant non plus. Tout n'est qu'équilibre. Mais dans cette quiétude peut se glisser le malaise, et sous cette banalité apparente une forte jubilation.

Dans les gravures de Pierre Collin, les frontières sont visibles, les diagonales imprévisibles. Instants fugitifs où l'oeil se perd, rêveries où se télescopent hallucinations et souvenirs ; et sans cesse cette façon subjective d'impliquer le spectateur. Pierre Collin offre une approche moderne de l'exercice de la vanité. Par association d'images ou en élargissant le champ de vision jusqu'à l'impossible, il trouve dans le "point mort" ce qu'il perçoit quand le regard se perd. Cette ligne psychique, il la trace avec netteté, par le jeu des ombres, des reflets, des fenêtres, des diptyques. La lumière s'y effrite, laisse parfois s'installer des personnages qui nous voient autant qu'ils sont vus.

 

Texte de présentation de la monographie "Vertiges ordinaires"publié en 2007 au Cahiers dessinés.

Romain Gléran, maraîcher en agriculture biologique, Saint Jean du doigt, Série "Figures du Littoral"

2016-2017, eau-forte et pointe sèche, en 2 plaques, 40 x 60 cm le portrait ,  20 x 60 cm la prédelle

© 2018, Pierre COLLIN